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Avis de Camille Ristori

D’après Camille Ristori (Cahiers de l’âne 13), les parasites sont liés depuis la nuit des temps à leur hôte, conditionnant leur évolution. Coexistence pouvant avoir des effets positifs pour les deux espèces. Pour le parasite, c’est évident. Mais pour l’hôte ? Grâce aux dernières techniques d’investigations, nous savons que le parasite et l’hôte échangent des signaux par l’intermédiaire de molécules complexes. On reconnaît maintenant au parasite plusieurs rôles positifs, dont un rôle immunisant fondamental et sans doute bien plus large qu’il n’y paraît ; des défenses immunitaires solidement implantées face aux parasites seront aussi plus fortes pour réagir face à d’autres agressions, qu’elles soient virales ou bactériennes.

Tout est question de quantité. Le parasite peut se multiplier dangereusement, et ce déséquilibre est souvent dû à une erreur humaine : surpâturage, changement de régime trop rapide, stress important, introduction de nouveaux animaux sans transition, déséquilibre alimentaire, race mal adaptée au terroir.
Trop de parasites doit être un signal d’alarme pour l’éleveur qui devra non seulement soigner son âne, mais surtout chercher à améliorer les conditions de vie qu’il lui offre et favoriser au maximum l’acquisition de l’immunité chez ses plus jeunes sujets. Le plus dur alors sera d’abandonner les raisonnements basés sur la peur et les stéréotypes pour tenir compte des potentialités et des besoins de nos animaux. S’il est des cas où l’homme doit intervenir parce que la vie de l’animal est en danger, encore faut-il le faire avec discernement et sans oublier que l’éradication totale des parasites n’est ni souhaitable, ni possible.
Rechercher des conditions de vie qui correspondent le mieux aux besoins des ânes (qui ne l’oublions pas, ont été façonnés par un environnement semi-désertique) nous permettra toujours de nous approcher davantage de l’équilibre parasitaire idéal, en favorisant un bon système immunitaire :

Afin de limiter l’infestation dans les conditions intensives de pâturage auxquelles la plupart d’entre nous sont condamnés plus ou moins régulièrement, voici quelques notions de base :

    1. éviter le pâturage continu qui favorise un recyclage permanent des parasites, et partager le parc pour y organiser des rotations. Vous créerez ainsi un vide sanitaire ; lequel sera plus efficace en saison sèche, ou lors des grands froids (le délai d’assainissement pour les strongles est de 6 semaines minimum).
    2. un pré sera bien assaini si on y alterne fauche et pâture, ou s’il n’a pas été pâturé, ni reçu de fumier non composté depuis plus d’un an.
    3. le surpâturage (pâturage trop ras du sol, trop près des crottins) doit être proscrit : 80% des larves infestantes sont sur les 5 premiers cm de la tige. Mais plus l’humidité augmente, plus les larves grimpent : rotation, association d’espèces et/ou complémentation en foin ou paille sont d’autant plus nécessaires.
    4. pâturage mixte des prairies (ruminants en alternance avec les ânes, ou associés) : L’ingestion par un ruminant (bovin, ovin ou caprin) d’une larve infestante d’un strongle d’équidé aboutit à la mort de la larve, et inversement. Chaque espèce « nettoie » en partie la prairie des strongles de l’autre. S’ajoute à cela un effet bénéfique sur la diversité et l’entretien de la flore du pré.

Quels sont les animaux à risque ?

  • Les jeunes après sevrage (de 6 jusqu’à 24 mois),
  • Les ânesses en fin de lactation,
  • Les ânes au poil terne et hirsute, ballonnés ou abattus.

Il faudra :

  • Leur réserver les parcs les plus sains, sans jamais les isoler (minimum 2).
  • S’il s’agit de jeunes au sevrage, prévoir la présence d’un âne adulte « maternant » qui sera leur guide.
  • Laisser du bon foin « à disposition » si l’herbe n’est pas saine et abondante.
  • Si déficit alimentaire, complémenter en concentré mais en quantité limitée.
  • Stimuler leurs défenses immunitaires et modifier le milieu digestif dans un sens défavorable aux parasites, en s’aidant des compléments à base de minéraux ( tel le chlorure de magnésium, un sel très efficace), de plantes, d’huiles essentielles, d’homéopathie etc…qui apparaissent de plus en plus sur le marché. Ne jamais improviser sans les conseils d’un vétérinaire ou technicien averti.
  • Être patient : un jeune acquiert son immunité surtout le long des deux premières années qui suivent le sevrage, et un âne fatigué ou dénutri ne se « remplume » pas en un mois.

Et s'il faut traiter ?

De nombreuses plantes ont une action vermifuge efficace (ail, armoise, tanaisie, fougères inoffensives lorsqu’elles sont séchées, plantes ou fourrages à tanins…). L’aromathérapie possède un arsenal très puissant. L’homéopathie peut accompagner le traitement et renforcer le terrain.
En dernier recours, le vermifuge chimique peut s’avérer nécessaire. Il faudra alors adapter le produit en fonction du parasite, de l’état de l’âne, de la période de l’année… en veillant à ce qu’un parc le plus sain possible puisse l’accueillir ensuite.

Conclusion

Dans tous les cas, quels que soit le climat et la manière dont vous élevez votre âne, vous pourrez toujours lui offrir des cures de produits naturels stimulants à effet vermifuge en remplacement des vermifuges chimiques donnés en « entretien », quitte à administrer un vermifuge chimique ciblé en fin d’automne.

« Vermifuges chimiques, fin de la panacée »

Les vermifuges chimiques diminuent le niveau de prémunition de l’âne qui devient résistant aux infestations.

En conséquence, l’éleveur et l’animal auront de plus en plus besoin de traitements… Or, plus on traite, plus on sélectionne des parasites résistants, ce qui se manifeste par la montée inexorable des cas d’échec de ces traitements partout dans le monde et la recherche accélérée de nouvelles molécules de plus en plus toxiques.

La toxicité cumulée des produits pour l’homme, l’animal et l’environnement devrait être un inconvénient majeur à leur diffusion systématique. Les avermectines (dont l’ivermectine, la moxidectine, l’éprinomectine etc…) sont redoutables. Elles se retrouvent dans tout l’organisme : le sang, le tube digestif, l’appareil respiratoire, les tissus musculaires. Les avermectines passent dans la matrice et sont éliminées à petites doses sous forme active dans le lait pendant plusieurs mois chez les femelles laitières.

Par un phénomène en cascade, tous les êtres vivants à la surface ou en profondeur du sol se trouvent perturbés dans leur multiplication. Trois mois après la prise d’ivermectine, les déjections du sujet traité sont encore mortelles pour les insectes en aval et détruisent indirectement jusqu’aux chauves-souris, pies grièches, traquets…qui en meurent en grand nombre.

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