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Récit du chanoine J-F PAUTARD , abbé de la paroisse de Paulhac à la fin du XIXème siècle.
L’histoire qu’on connaît le moins et qu’à certains points de vue il importerait de connaître le plus, c’est l’histoire de son pays.
A part les grandes familles, dont la vie historique est souvent mêlée aux événements de la nation, ou qui ont leurs titres, qualités et souvenirs dans des manuscrits ou registres appelés « Terriers », le paysan, lui, ne conserve aucun mémoire de ses aïeux. Quand il vous a parlé de ceux qu’il nomme le « parrain » ou « l’arrière parrain » il ne va pas au-delà.
Et cependant, quelle plus douce jouissance que celle de connaître ses ancêtres ? de remonter le courant des siècles, rencontrant à chaque étape les noms des parents et des amis qui nous furent chers ?
De toutes les communes de la Planèze, celle de Paulhac est sans contredit la plus étendue : de la butte de Tanavelle elle atteint jusqu’au plomb du Cantal, et des portes de Valuéjols elle arrive sur les bords de l’Epie, rivière qui la sépare de Cezens.
Les ruisseaux qui l’arrosent sont ceux de Pradebouc, de l’Epie, de Riou-vieux, de Laty et de Noziéres. Les petites vallées de Sauvage, de Loudier, de la Salesse et de Pontfarain, bien
Le sol de Paulhac, comme celui de toute la Planèze, repose sur un fonds volcanique. On sait que cette partie des montagnes fut jadis brûlée tout entière. Les géologues s’accordent à dire que la lave, qui couvrait cette contrée, y forma par son horizontalité un plateau qu’on a appelé la Planèze.
Paulhac, jadis Plaudiaco, chef lieu, à 16 kilomètres de Saint-Flour, est situé, sur une des pentes orientale du Cantal, tout prés du Puy-Mercou. De ce mamelon, vous jouissez du plus vaste, du plus pittoresque horizon ; non seulement vous apercevez la plupart des villages de la paroisse, éparpillés çà et là dans la plaine, mais encore votre regard plonge jusqu’aux monts étagés de la Margeride, de la Lozère, du Mont-Dore et du Cantal.
Nous savons par la tradition que ce village ne comptait autrefois que trois domaines : celui du seigneur Dubois, et les deux des frères Hugenots, dits « sous-signours ».
Les plus belles de ses maisons, étagées en amphithéâtre, sont celles d’Albert, de Vidalenc, de Chassang et le château. Ses prairies, qui pendant l’été l’entourent au midi d’un tapis de verdure et de fleurs sont très fertiles et bien plantées. Aussi donnent-elles à ce village un aspect pittoresque, et charmant.
En 1808 Jarry fut le théâtre d’un événement des plus tragiques : le fils aîné de la famille Alric-Parrot, venant de se marier, faisait à la grange avec les parents et amis le festin de ses noces. Par intervalles les jeunes gens allaient à la porte tirer des coups de pistolets. On riait, on chantait, on dansait, tout était à la joie.
Tout à coup un cri de détresse retentit au dehors : Sortez ! vous vous brûlez ! Déjà tout le chaume était en feu. Chacun se hâte de déguerpir, emportant ce qui lui tombe sous la main. La jeune mariée court à la chambre chercher quelques parures qu’elle y avait déposées. Or pendant ce temps le couvert s’effondre et la voilà prise dans le foyer. Elle parait à la croisée, tend les bras, appelle au secours et fait entendre les cris les plus déchirants. Mais c’est en vain : impossible de traverser ce mur de feu pour arriver jusqu'à elle. Bientôt on n’entend plus rien : les flammes avaient dévoré leur victime.
Ce récit que je tiens d’un témoin oculaire, me remplit encore l’âme de tristesse.
En 1879, un autre incendie, allumé par l’imprudence de la femme Clorennek, consuma dans ce même lieu trois maisons de peu d’importance, situées derrière la grange du sieur Rispal-Richard.
On trouve, à l’entrée de Jarry, une croix de pierre dont la façon originale accuse une haute antiquité. La statue de Saint Roch, sculptée sur son fut, la fait appeler la Croix de Saint Roch.
Cette croix est encore visible. Elle fût simplement déplacée de quelques mètres lors de la réfection de la chaussée, il y a quelques années.
Aquela crotz se pòt encara veire. Foguèt sonque desplaçada de qualques mètres al moment de la refeccion de la rota, fa qualquas annadas.
Une autre croix, placée au milieu du village, n’est guère moins ancienne ni moins bien travaillée
Celle-ci, par contre, fût vandalisée vers le début du XXème siècle, et disparut du village et de la mémoire collective. Elle fût remplacée, en 1996, par une croix faite de deux orgues volcanique celées entre elles. Cette réalisation originale, et typique (de part l’origine de ses matériaux) est l’œuvre de quelques habitants du village qui voulurent par cette création, redonner au village un bien qui lui avait été spolié. Pas loin de cette croix, s’érige un « vrai faux » Dolmen, rappelant que l’occupation humaine sur ces terres volcaniques, est très ancienne. Ce Dolmen est également dû aux habitants du village, qui ne manque ni d’imagination, ni de bonne volonté.
Aquela d’aquí, per contre, foguèt raubada a la debuta del sègle XXe desapareguèt del vialatge e de la memòria colectiva. Foguèt remplaçada, en 1996, per una crotz facha amb doas pèiras volcanicas celadas entre gu-elas. Aquela realizacion originala e tipica (per l’origina dels materials) z-es l’òbra d’una part del monde que demòran al vialatge e que volguèron per aquela creacion tornar donar al vialatge quicòm que li foguèt pres. Près d’aquela crotz, se quilha una quasi vertadièra pèira levada, que rapèla que l’ocupacion umana sus aquelas tèrras z-es plan anciana.
Aquela pèira levada z-es atanben l’òbra del monde del vialatge que mancan pas d’imaginacion ni de bona volontat.
Cet antique château, dont il est fait mention dans l’histoire d’Auvergne au XIIIème siècle, ne nous est pas parvenu tel qu’il était à cette époque. Les quatre tourelles qui surmontaient ses quatre angles ont disparu. Aujourd’hui c’est une maison carrée, avec une tour au midi qui lui servait de défense en même temps que d’escalier pour arriver aux étages supérieurs.
La porte d’entrée est surmontée d’un frontispice ou l’on voit deux lionceaux que la rouille des années n’a pas encore finis d’effacer. A droite, au rez-de-chaussée est une vaste cuisine avec cave et cellier. A gauche était une petite chapelle, aujourd’hui convertie en salon, mais ou l’on conserve encore dans sa niche la belle statue en pierre de Notre-Dame de Pitié.
Le premier étage se compose de deux chambres bien restaurées et bien éclairées. Le deuxième étage, autrefois vaste salle, n’est plus qu’un grenier ou l’on recueille les grains et les céréales.
Les murs d’enceinte, qui servaient de rempart, n’ont pas entièrement disparu ; il en reste une partie avec des tronçons de tours pour attester que ce castel pouvait, en cas d’attaque, résister à un coup de main.
L’aspect originel de ce château ne nous est pas connu. Aucunes archives n’existent ni en mairie, ni chez l’actuel propriétaire. L’on sait simplement que deux bâtiments agricoles, complétaient l’actuelle bâtisse sur sa droite et sur sa gauche, formant comme une cour intérieure.
L’aspècte original d’aquel castèl z-es pas conegut. I a pas cap d’archius siá a la comuna o chas l’actual propietari. Òm sap sonque que dos bastiments agricòlas completavan l’actual edifici sus la drecha e sus l’esquèrra e que l’ensemble formava una cort interiora.
La population des temps passés était de beaucoup supérieure à celle de notre époque ; ce n’est pas étonnant lorsque nous trouvons les 8, les 10, les 12 enfants dans un grand nombre de familles. Et avec cela il n’y avait pas de misère, tout le monde travaillait et mangeait du pain.
Nos aïeux avaient donc des mœurs plus pures, vraiment patriarcales. Ils étaient de plus d’une franchise, d’une sincérité qui vous étonne : ce qui était dit, était dit. On ne revenait pas sur la parole, car la parole donnée valait un écrit. On se prêtait des sommes d’argent sans billet, quelques fois derrière les murailles, et ces sommes étaient fidèlement rendues. Presque pas de procès ni de désastres financiers, si communs de nos jours.
Je ne partage pas complètement l’analyse du père Pautard sur son interprétation des mœurs. On ressent un certain décalage entre la réalité d’une vie difficile pour les paysans de cette époque, et le jugement d’un homme de « qualité » que devait être l’abbé. Décalage que l’on retrouve aisément de nos jours, entre les énarques qui nous gouvernent et la réalité que la plupart vivent.
Il est bien sûr exact que la plupart des familles étaient nombreuses, mais que si le fait de manger du pain était un signe de bien vivre, l’on peut se demander de quoi était accompagné ce pain ? Comme dit ci-après, ne pas avoir connu les jouissances de la vie en enlève les désirs, je suis en droit de me poser des questions sur la valeur des jugements de l’abbé. Pour le reste, je crois simplement qu’il faut se dire que, en restant dans le contexte de l’époque, les gens n’étaient ni plus blancs, ni plus noirs que de nos jours. L’homme n’est qu’un homme, et ne restera jamais qu’un homme. La notion de pureté à travers le patriarcat va, je suppose, faire « pleurer » ces dames de rire ! ou de dépit.Sei pas completament d’acòrdi amb aquela analisi del paire Pautard, ni la seuna interpretacion de las costumas. Òm sent un desfasament entre la realitat d’una vida dificila pels paisans d’aquel temps e lo jujtament d’un òme de qualitat que deviá èstre l’abat. Desfasament qu’òm tòrna trobar ara entre los que nos governan e la realitat viscuda pel monde.
Quò’s de segur vertat de dire que mai d’una familia comptava un fum d’enfants mas se manjar de pan voliá dire viure de biais, òm se pòt demandar çò que podiá ben acompanhar lo pan ?
Coma çò dich après, aver pas coneguts los gausiments de la vida ne-n quita lo desir, me pòde pausar de questions sus la valor dels jutjaments de l’abat.
Pel rèsta, cresi que cal se dire que, en demorar dins lo contèxt de l’epòca, lo monde èran pas pus blancs o negres qu’anuèi. L’òme es pas qu’un òme e demorarà pas qu’un òme. La nocion de puretat a travèrs lo patriarcat va, pense ben, faire plorar las femnas de rire o de despièit.
Ces gens étaient sages, travailleurs et économes par-dessus tout. Ils se contentaient d’un morceau de pain noir et du lait de leurs vaches ou de leurs brebis. Ils n’étaient pas privés : ils n’avaient jamais connu les jouissances de la vie. Lorsque je considère ces vieilles masures, enfoncées dans la terre, éclairées à peine par une lucarne, et toujours sans cheminée, je me demande comment, dans ces tanières, ils pouvaient vivre les soixante-dix, les quatre-vingts, quelquefois les quatre-vingt-dix ans. Une chose cependant, qui m’expliquerait pourquoi les fièvres firent autrefois chez nous de si affreux ravages, c’est l’insalubrité de ces maisons.
De Nozières au Fer, en descendant la petite rivière, vous rencontrez un endroit triste, mélancolique : des murs plus épais, des jardinets plus nombreux, quelques ruines éparpillées sur le sol vous disent qu’il y a eu là un village. La fièvre typhoïde, lorsqu’elle débuta en Auvergne, fit des ravages effrayants. Les uns l’appelèrent le mal chaud, les autres la peste. Aux Ternes, à Tanavelle, à Antifaille personne ne survécut. A la Malvieille une seule femme se sauva et donna son nom au village, qui jusque là s’était appelé Venteujols.
Celui dont nous parlons dut être longtemps et terriblement tourmenté, car on l’a surnommé Les Maloutios, et ses habitants furent décimés jusqu’au dernier.
Notre mémoire est courte, et nous avons oublié que durant les siècles passés, de nombreuses pandémies et autres ont touchées notre pays.
Épidémies – famines- intempéries furent légions en Planèzes comme ailleurs :
L’Europe traverse une période de mini-glaciation durant la renaissance (de 1590 à 1720), mettant la population dans un état de moindre résistance à toute épidémie.
- 1630 Peste dite « fièvre pestilentielle »
- 1635 – 1646 intempéries ayant mis à mal les cultures entraimant la famine.
- 1687 – 1688 « fièvre continue »
- 1693 – 1694 épidémie d’ergotisme qui pour la France aurait tué 1 250 000 personnes (développement de l’ergot sur les céréales en raison d’un printemps particulièrement humide).
- 1710 « fièvre putride » certainement la typhoïde : 1 400 000 morts
- 1770 épidémie de typhoïde
- 1792 gelées qui détruisent sur la région la moitié des récoltes.Voilà un paramètre supplémentaire qui devrait ajouter à l’image que l’on se fait de la vie autrefois.
Epidèmias- faminas- tempèris foguèron nombroses en Planèsa coma endacòm mai.
L’Euròpa passa un periòde de mini-glaciacion al moment de la Renaissenca (de 1590-1720), e plaça la populacion dins una situacion de mendre resisténcia a las epidèmias.
- 1630 : pèsta dicha « fèbre pestilenciala »
- 1635-1646 : tempèris que gastèron las culturas e menèron a la famina
- 1687-1688 : fèbre contunha
- 1693-1694 : epidèmia d’ergotisme que auriá tuadas 1 250 000 personas en França (desvelopament de la malautiá sus las cerealas a causa d’una prima particularament umida.
- 1710 : fèbre putrida, de segur la tifoïde, 1 400 000 mòrts.
- 1770 : epidèmia de tifoïde
- 1792 : geladas que destuguèron la mitat de las culhidas.Aquí avètz un paramètre suplementari que deuriá permetre de se far un imatge de la vida d’aquel temps.